Mes parents, Isnasni Ahmed et El Hajji Habiba continuent d’être ma principale source d’inspiration, ma force.  Après avoir moi-même échappé à la mort, ce drame me bouleversa au plus profond de mon être. Malgré tout, j’ai dû continuer à vivre dans un monde où mes parents n’existaient plus. Pour ne pas sombrer dans le silence, j’ai tenu à les faire vivre et à faire connaître notre histoire au monde entier. J’ai donc entrepris un long travail de mémoire pour qu’un drame comme celui qu’a vécu ma famille ne se reproduise plus.

Mon autre source d’inspiration est ma foi qui m’a aidé à surmonter ce terrible événement et qui m’a permis de continuer dans la voie de l’espoir. Dans ma quête de vérité et de sens, j’ai voyagé à travers le monde pour le découvrir et le comprendre. J’ai effectué des voyages humanitaires pour être proche des gens qui souffrent pour finalement comprendre ma propre souffrance. 

Plus tard, je ressens le besoin de me reconnecter à mes racines, sur les terres du Rif au nord du Maroc, ces terres qui ont vu naître mes origines, là où l’histoire de ma famille et de mes ancêtres a commencé. Je m’aperçois qu’en réalité le travail de mémoire, c’est aussi remonter dans le temps, ce jour où mon grand-père a quitté le Maroc en 1968 pour faire parti de ces vagues d’immigration vers la Belgique afin de répondre à l’appel de main d’œuvre ouvrière qui était criant à cette époque. Mon grand-père a travaillé plusieurs années dans la construction de ligne de métro à Bruxelles.

Ma quête de connaissance m’a amenée ensuite à poursuivre des études à Al Akhawayn University in Ifrane au Maroc où j’ai obtenu un Master en relations internationales et diplomatie avec une spécialité en études de paix et conflits. Durant mon cursus, j’ai pu suivre des sessions à la University of California Berkeley ainsi que la American University of Kosovo avec la même motivation qui était de comprendre comment tous ces conflits se produisaient dans le monde. 

Finalement, je décide de créer la Habiba Ahmed Foundation en 2019 qui est l’aboutissement de près de 20 ans de réflexion et d’engagement autour des questions liées au racisme et de l’importance du travail de mémoire. J’ai la conviction que ce devoir de mémoire constitue un des moyens pour lutter contre le racisme sous toutes ses formes. 

Nous ne devons jamais oublier qu’un jour, Habiba et Ahmed ont fait partie de ce monde et que c’est le racisme, le silence et l’indifférence qui les ont tués. Ne jamais oublier, c’est unir nos énergies afin de permettre à chaque citoyen de questionner son sens des responsabilités. Ne jamais oublier, c’est offrir un avenir plus serein aux générations futures. Ne jamais oublier, c’est porter la conviction qu’ensemble nous pourrons mener cet engagement dans un esprit de respect, de fraternité et de solidarité afin d’endiguer ce fléau du racisme. 

Je poursuivrai cette quête de vérité, de sincérité et d’amour avec cœur et conviction car elle sera un hommage perpétuel à mes parents et à toutes les victimes du racisme sans distinction.