Le Gaffi est une association de femmes implantée depuis 1978 dans le quartier Brabant-Nord de Bruxelles, au cœur des flux migratoires. Creuset de cultures diverses, il accueille chaque années près de 250 femmes et enfants pour proposer, en trois programmes d’action, un lieu de rencontre et d’échange, des formations tremplin vers une insertion sociale et professionnelle, un accompagnement à la scolarité et un large éventail d’ateliers et d’activités. Chacun peut y trouver une écoute, un mode d’expression, un soutien à ses propres projets, mais aussi et surtout des moyens de se réapproprier son histoire, comportant souvent l’exil et discrimination, pour petit à petit prendre une place véritablement active dans la société d’aujourd’hui.

C’est au Gaffi que Habiba El-Hajji a suivi des cours de français avec beaucoup d’autres femmes venues d’ailleurs. Elle y a participé aussi à divers ateliers, sorties et fêtes …

Habiba, la bien-aimée, la bien nommée,

Lorsqu’on marche dans les rues de Schaerbeek, il nous arrive souvent de croiser des « anciennes » du GAFFI. C’est toujours pour nous une joie et plein de souvenirs.

Mais toi, Habiba, cela fait près de 20ans, que jamais nos yeux n’ont aperçu même l’ombre de ta silhouette. Pourtant tu tiens une place immensurable dans notre mémoire. Ton départ, qu’on n’a pas de mots pour qualifier, reste gravé à jamais dans notre petite histoire commune. On ne peut passer par le quartier Pavillon sans avoir une pensée pour toi. Un jour, ta curiosité t’a fait pousser la porte du GAFFI pour apprendre le français. Tu voulais prendre ce temps alors que tu avais toujours 1001 choses à faire. Apprendre le français pour mieux faire ton chemin, jouer ton rôle dans la vie sociale de ton pays d’adoption, disais-tu. Pour mieux aider les tiens et offrir un bel avenir à tes enfants. Aussi pour t’enrichir des échanges multiculturels voulus par le GAFFI comme rempart au racisme, ce poison qui sème toujours et encore la haine et la mort. La tienne nous a assommés dans nos profondes convictions et, en même temps, nous a sommées de poursuivre dans la voie du dialogue et de la foi en l’être humain. C’est ce que fait par ailleurs ta fille Kenza avec une foi inébranlable.

Tu es partie en nous laissant, à regret, trop peu de souvenirs, Habiba, parce que tu étais une femme discrète, soucieuse de ta famille, à parer à l’essentiel, …et surtout parce que tu nous as quitté trop tôt.                                                                                                                               Agnès Derynck et Naïma Ragala